L'esthétique par-delà les questions d'équité

2 novembre 2015 – Le 27 novembre prochain, CAPACOA présentera une formation unique sur Les pratiques artistiques des artistes sourds, handicapés ou vivant avec une maladie mentale. En guise de prélude à cette rencontre, voici un billet de l’une des panélistes, Michele Decottignies à propos des développements et de l’esthétique des artistes handicapés, sourds ou vivant avec une maladie mentale.

La Deaf, Disability & Mad Arts Alliance of Canada (DDMAC) est heureuse de participer à la 28e conférence annuelle de CAPACOA intitulée La Culture de l'inClusion.  L'inclusion est un thème particulièrement important pour les artistes professionnels canadiens qui vivent avec une ou plusieurs invalidités.  Comme c'est le cas pour les autres collectivités de la diversité, nous aussi avons été traditionnellement exclus.  Il n'y a pas si longtemps que la majorité des personnes handicapées était institutionnalisée.  En fait, notre intégration dans la société et notre autodétermination ne se concrétisent progressivement que depuis 50 ans.

Mais quel demi-siècle nous avons vécu !  Les Canadiens et Canadiennes handicapés – et nous représentons entre 15 et 20 pour cent de la population – ont réalisé des gains considérables en matière d'inclusion dans la collectivité, d'éducation, de transport, de logement, d'emploi et d'aide à la vie autonome.  En fait, le Canada est l'un des premiers pays à avoir enchâssé des protections pour les personnes handicapées dans les déclarations sur les droits de la personne; en effet, c'est en 1986 que ces protections étaient incluses dans la Charte des droits et libertés. Nous avons aussi été le premier pays dans le monde à mettre de l'avant la production d'oeuvres artistiques de personnes handicapées avec la pièce CREEPS de David Freeman présentée par le Factory Lab et le théâtre Tarragon en 1971 !  La pièce avait remporté un franc succès.
Cahoots Theatre : ULTRASOUND (lecture) de Adam Pottle, mai 2015. Photographie de Chris Dodd et Elizabeth Morris par Dahlia Katz Photography.
Two characters hug one another

Depuis, les artistes professionnels handicapés ont prouvé qu'ils composent une collectivité compétente de producteurs culturels accomplis et qu'ils sont le moteur d'un apport artistique considérable à la société canadienne.  Notre secteur est dynamique et s'accroît constamment. Nos disciplines sont des plus variées, le théâtre, la danse, les arts visuels et les  nouveaux médias étant les principales.  Il compte 30 organismes et trois cents artistes indépendants.  De nombreux artistes parmi nous ont atteint une grande renommée artistique, notamment Jeff Healy, Jane Cameron, Lyle Victor Albert, Persimmon Blackbridge, Tiphaine Girrault-Bath et Joe Coughlin.  Collectivement, nous avons fait du Canada le chef de file du mouvement de la pratique des arts par des personnes souffrant de troubles de l'ouïe, d'une invalidité ou d'un problème de santé mentale.

Cependant, si on parle beaucoup de l'accès et de l'équité dans notre secteur, on parle moins, par contre, de la valeur artistique et esthétique de notre contribution au domaine des arts professionnels.  Et pourtant, c'est exactement ce genre d'information que les diffuseurs, les directeurs et les producteurs nous ont dit être nécessaire pour pouvoir prendre des décisions éclairées en matière de programmation.  C'est ainsi que CAPACOA présente une initiative créative qui s'articule autour de la pratique des arts par des personnes souffrant de troubles de l'ouïe, d'invalidité ou de problèmes de santé mentale avec l'appui de notre Alliance, du Centre de la culture des Sourds, du Cahoots Theatre, de Propeller Dance et du Conseil des arts du Canada.

Nous sommes fiers de pouvoir proposer une discussion et une démonstration portant sur Les pratiques artistiques des artistes Sourds, handicapés ou vivant avec une maladie mentale.  Ici, on fait la distinction entre les oeuvres artistiques identifiées avec les cultures des personnes souffrant de troubles de l'ouïe, d'invalidité ou de problèmes de santé mentale et les oeuvres artistiques qui incluent des artistes handicapés.  Si, dans le premier cas, on fait appel à une esthétique propre au secteur des personnes handicapées, on a recours, dans le deuxième cas, à l'esthétique adaptée et traditionnelle (les différences entre les deux sont illustrées de façon émouvante dans la courte histoire numérique d'Eliza Chandler intitulée SHIFT).  On fait la promotion dans les deux cas de moyens distincts dont les invalidités viennent informer et enrichir l'expression et l'appréciation artistiques, innover le contenu et la forme artistiques et mieux faire connaître des points de vue uniques sur la condition humaine.

 

Michele Decottignies

Michele Decottignies

Directrice artistique, Stage Left Productions

pour la Deaf, Disability & Mad Arts Alliance of Canada

 

La rencontre sur Les pratiques artistiques des artistes sourds, handicapés ou vivant avec une maladie mentale aura lieu dans le cadre de la 28ème conférence de CAPACOA, La Culture de l’inClusion, le 27 novembre. Cette activité de perfectionnement professionnel est rendu possible grâce au généreux soutien du Conseil des arts du Canada.

 

Ressource additionnelle

L'art à part entière : Guide pour travailler avec des artistessourds ou handicapés