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7 juilllet 2016 – La version 3.0 est disponible, affirme Brian McCurdy dans son billet sur l’évolution des pratiques de diffusion.  Dans le modèle 3.0, les salles de spectacles municipales sont appelées à intervenir dans le développement culturel de la collectivité (le billet en anglais emploie le terme community cultural developer).

La Ville de Gatineau soutient activement les artistes de l'Outaouais dans ses trois principaux lieux de diffusion, dont le Cabaret La Basoche (sur la photo).
La scène du Cabaret La Basoche

Dans cette perspective de développement culturel, les diffuseurs mènent de front deux activités principales. En premier lieu, ils sont les commissaires (curators) de saisons de spectacles incluant des expériences artistiques que n’offrent pas les promoteurs commerciaux et les organismes locaux. En second lieux, ils soutiennent le développement des artistes et organismes locaux en arts de la scène. Qui plus est, ils mènent aussi une grande diversité d’activités dans des domaines tels l’éducation, la médiation culturelle, la revitalisation des centres-villes et l’équité sociale.

Ce billet offre matière à réflexion.

Les pratiques de diffusion et l’écosystème dans lequel elles s’exercent ont grandement évolué depuis les années 60. Au cours des dernières années, s’est accordé plusieurs occasions de réflexion sur la profession de diffuseur. En 2007, RIDEAU tenait son Forum sur la diffusion et le Conseil des ressources humaines du secteur culturel publiait deux documents phare sur la diffusion : le Profil de compétences et l’Analyse des lacunes dans la formation des diffuseurs. Or, même si ces deux documents étaient le résultat d’un rigoureux processus consultatif, ils sont arrivés à des conclusions divergentes en ce qui a trait au rôle du diffuseur vis-à-vis de l’artiste. D’une part, le Profil de compétences affirmait que «Contribuer au développement professionnel de l’artiste» constituait un champ de compétences professionnelles du diffuseur et il identifiait cinq compétences précises. D’autre part, l’Analyse des lacunes rapportait que les diffuseurs contribuent souvent au développement artistique, mais ils ne considèrent pas qu’il s’agisse d’une compétence essentielle prioritaire. L’étude sur L’importance de la diffusion a exploré la question plus en profondeur et a mis en lumières des positions plus nuancées. Sept diffuseurs sur dix (69%) ayant participé au sondage ont affirmé que les diffuseurs jouent un rôle important dans le soutien aux artistes locaux. Les opinions étaient toutefois plus partagées à savoir si le diffuseur avait un rôle à jouer dans le soutien au développement de propositions artistiques. Si la moitié des répondants (51 %) ont estimés que c’était le cas, 25 % se sont dits en désaccord et 22 % ont jugés que les diffuseurs jouaient un rôle modérément important à cet égard. Les plus petits organismes de diffusion avaient davantage tendance à se déclarer en désaccord, alors que les diffuseurs en milieu urbain étaient plus portés à affirmer qu’il jouaient un rôle dans le soutien au développement de propositions artistiques. Le billet de blogue de Brian confirme ce que  nous avons entendu lors de L’importance de la diffusion : les plus gros diffuseurs établis en milieu urbain, notamment les diffuseurs municipaux, ont un rôle important à jouer dans le soutien aux artistes et aux organismes artistiques locaux. De surcroît, ce rôle devient d’autant plus critique que le modèle traditionnel d’organisme à but non-lucratif de création est à bout de souffle et que plusieurs jeunes artistes optent aujourd’hui pour des modes d’opération plus légers et autonomes.

Le billet de Brian avance que les lieux de diffusion municipaux doivent tendre vers un alignement stratégique avec les planifications culturelles municipales. Devrait-il en être de même des politiques des programmes de financement fédéraux?

Prenons le Fonds du Canada pour la présentation des arts (FPCA). Ce programme peut soutenir la diffusion d’artistes locaux et même certaines résidences d’artistes. Cependant, les formes plus engagées de soutien au développement artistique – la coproduction et les commandes d’œuvres – ne sont pas admissibles au programme. La justification de cette exclusion est que ces activités ne relèvent pas du mandat de Patrimoine canadien, mais plutôt de celui du Conseil des arts du Canada. De fait, le nouveau modèle de financement du Conseil des arts du Canada comporte un tout nouveau volet offrant des subventions de base aux festivals et diffuseurs artistiques qui appuient les artistes, renforcent la pratique artistique et créent des liens. Cependant, les visées de ce programme sont d’ordre national et mondial – bien loin du soutien aux artistes locaux décrit par Brian McCurdy et documenté dans L’importance de la diffusion.

Cela soulève quelques questions critiques :

  • Si le soutien aux artistes locaux est dans l’angle mort des programmes de financement et que les diffuseurs pluridisciplinaire (municipaux et à but non-lucratif) ne peuvent accéder à du financement pour ces activités, à qui revient alors le rôle de soutenir les artistes locaux?
  • Si une pratique est bien établie au sein d’un secteur mais n’est pas reconnue dans les cadres des programmes de financement, est-ce au ce secteur de s’aligner sur les programmes de financement ou est-ce plutôt aux programmes de financement de s’adapter à l’évolution du secteur?

Nous tenons à remercier Brian McCurdy et Ontario Presents pour leur projet sur les lieux de diffusion municipaux, ainsi que pour leur contribution à la réflexion sur les pratiques de diffusion.

Auteur : Frédéric Julien

 

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