Fréquentation des arts : mais pourquoi ne viennent-ils pas?

29 novembre 2017 – Les sondages nationaux suggèrent qu’une forte proportion de la population canadienne assiste à des spectacles. Cependant, plusieurs diffuseurs se plaignent d’avoir de plus en plus de difficulté à remplir leur salle. Que doit-on comprendre de ces faits contradictoires? Quelques éléments de réponse se trouvent dans les obstacles à la participation.

Vue à partir de la scène dans le Shell TheatreSelon l’Enquête social générale, 72 % des Canadiens ont assisté à un spectacle sur scène ou à un festival en 2010. Selon le sondage sur l’accès et la disponibilité, 87 % des Canadiens ont assisté à un spectacle ou à un événement artistique en 2016. Dans les deux cas, on observe une tendance à la hausse comparativement à la période de référence précédente. Ces sondages confirment que de plus en plus de Canadiens assistent à au moins un spectacle par année. Mais est-ce qu’ils reviennent en voir davantage? Si ce n’est pas le cas, qu’est-ce qui les en empêche? Et qu’en est-il de celles et ceux qui ne fréquentent pas du tout le spectacle? Quelques rapports récents fournissent des éléments de réponse à ces questions :

Les arts et le patrimoine : Sondage sur l’accès et la disponibilité 2016-2017

Sondage téléphonique auprès de 2 045 Canadiens, mené par Environics Research pour le compte de Patrimoine canadien.

Culture Track 2017

Sondage en ligne auprès de 3,013 résidents des États-Unis, mené par LaPlaca Cohen.

Le Rapport national de l’ICM 2016 : Comment les Canadiens se portent-ils véritablement?

Compilation de données statistiques dans huit domaines du mieux-être, notamment le loisir et la culture. Les facteurs ayant une incidence sur la fréquentation ont été examinés au cours d’un webinaire intitulé “A Night Out” le 7 juillet 2017.

La non-pertinence : le principal obstacle pour ceux qui ne fréquentent pas les arts

Tant dans le Sondage sur l’accès et la disponibilité que dans Culture Track, le principal obstacle est le manque d’intérêt ou le manque de pertinence (« ce n’est pas pour moi »). L’absence d’intérêt peut venir d’une méconnaissance des arts, de perceptions erronées ou encore d’un réel désintérêt. De même, l’impression que « ce n’est pas pour moi » peut sous-tendre un problème de perception. La longue liste d’obstacles recensés par Culture Truck nous aide à comprendre pourquoi certaines personnes ne s’y retrouvent pas dans l’offre culturelle : « c’est dépassé/démodé, » « je ne m’y sentirais pas bienvenu, » « c’est trop intimidant ou exigeant » ou « cela ne reflète les gens de tous les horizons ». En ce qui concerne le dernier point, Culture Track précise que « les personnes de couleur sont 82 % plus susceptibles que les caucasiens non-hispanique de déclarer qu’ils n’ont pas participé à une activité culturelle dans la dernière année parce que ces activités ne reflètent pas les gens de tous les horizons. » Au Canada, le rapport Diversité canadienne et fréquentation des arts en 2010 a trouvé que les personnes de minorités visibles ou immigrantes fréquentaient dans une proportion moindre le théâtre et les spectacles de musique populaire. Pour contrer ces différents obstacles, les diffuseurs devraient envisager à la fois des changements dans la programmation et dans les stratégies de marketing.

L’obstacle universel : le manque de temps

Dans le Sondage sur l’accès et la disponibilité, le manque de temps constituerait la deuxième raison la plus souvent citée par les Canadiens qui ne sont pas culturellement active. Dans Culture Track, tant les personnes culturellement actives que les personnes qui ne le sont pas pointent du doigt les inconvénients liés aux temps et à la distance. Qu’est-ce qui accapare alors tant l’emploi du temps de tous ces gens?

Selon le directeur de l’Indice canadien du mieux-être, Bryan Smale, les Canadiens se sentent de plus en plus pressés en raison du temps de déplacements entre la maison et le milieu de travail, ainsi qu’en raison du travail au-delà de 50 heures par semaine. Le transport et le marché du travail sont des enjeux sur lesquels le secteur des arts a peu d’emprise. Cependant, les diffuseurs de spectacles peuvent expérimenter avec les heures de représentations (par exemple, sur l’heure du midi ou en fin d’après-midi) ou encore présenter des spectacles ou des interventions dans des milieux de travail ou dans des endroits publics.

Les autres obstacles

Graphique du Sondage sur l'accès et la disponibilité

Cliquez sur l'image pour l'agrandir. Pour davantage d'informations et pour une description du graphique, consultez le rapport du Sondage sur l'accès et la disponibilité.
Raisons pour lesquelles les gens n'assistent pas en personne à des spectacles ou à des événements

Le coût et les problèmes de santé ou l’incapacité sont d’autres raisons couramment citées par les Canadiens qui n’assistent pas à des spectacles en direct.

Le coût pourrait aussi représenter un obstacle à une fréquentation plus assidue de la part des personnes déjà actives culturellement.  Selon l’Indice canadien du mieux-être, les niveaux de vie se sont détériorés principalement en raison de l’accroissement des écarts de revenu. La classe moyenne se sert de plus en plus la ceinture et son revenu disponible pourrait s’avérer insuffisant pour soutenir une fréquentation plus assidue; les personnes mieux nanties, quant à elles peuvent s’offrir autant de billets de spectacle qu’elles le désirent mais elles font face aux mêmes contraintes de temps que tous les autres. C’est donc du perdant-perdant du point de vue de la fréquentation. Tout comme le transport, les niveaux de vie déborde de la sphère d’influence du secteur des arts. Ceci dit, le débat public actuel à propos de l’équité fiscale ouvre la voix à des changements qui pourraient indirectement profiter au secteur des arts.

Les problèmes de santé et l’incapacité représentent un obstacle à la participation pour 9 % des Canadiens. Avec le vieillissement de la population, ce pourcentage va s’accroître. La question de l’accessibilité est donc appelée à devenir une priorité grandissante pour le secteur du spectacle. L’accessibilité ne doit toutefois pas se limiter aux adaptations à l’environnement bâti; l’accessibilité veut aussi dire traiter les gens de façon sensible et authentique. C’est du moins l’une des conclusions mises de l’avant par Culture Track : « Plusieurs organismes artistiques mettent en œuvre des programmes d’accessibilité afin d’attirer des auditoires avec différents niveau de capacité, mais ces programmes fonctionnent-ils? Les personnes aux prises avec une incapacité ont 59% plus tendance que les autres à affirmer qu’il ne participe pas à des activités culturelles en raison d’une expérience antérieure négative. »

Tant Culture Track que le Sondage sur l’accessibilité et la disponibilité comportent des tableaux détaillés par discipline artistique. Vous y trouverez notamment des données sur les motivations des personnes culturellement actives.

 

Frédéric Julien
Directeur, recherche et développement
CAPACOA

 

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