CAPACOA @ CINARS 2016

Le potentiel de la webdiffusion pour le milieu du spectacle

20 mai 2014 - 46 % des Canadiens regardent occasionnellement des spectacles sur Internet et 16 % déclarent que voir un spectacle en direct sur Internet correspond à leur propre définition de l'assistance en direct à un spectacle.

Ainsi que le suggèrent ces constats de l'étude sur L'importance de la diffusion, la numérisation du spectacle est une tendance inévitable. Elle est mue à la fois par des progrès technologiques – réseaux LTE, caméras panoramiques, technologies holographiques – et par des gros joueurs – le iTunes Festival, le projet Théâtre numérique et, plus près de chez nous, La Fabrique culturelle. Et elle rend le spectacle accessible partout et en tout temps.

Lors de la dernière conférence de CAPACOA, nous avons donc organisé une discussion au cours de laquelle 21 participants ont exploré les façons dont les diffuseurs de spectacles pourraient exploiter les technologies de webdiffusion (voir l'abécédaire de la webdiffusion, plus bas). Deux questions principales ont été abordées :

  1. Quels sont les avantages respectifs ou les aspects distinctifs de la diffusion d’un spectacle en salle et de la webdiffusion d’un spectacle? En quoi ces deux activités diffèrent-elles et qu’ont-elles en commun? Qu’est-ce les spectateurs peuvent-ils apprécier de chacune?
  2. Quels pourraient être les marchés pour la webdiffusion de spectacles? À qui ça peut s’adresser?

Les avantages respectifs de la webdiffusion et de la diffusion en salle de spectacle

Webdiffusion d’un spectacle

Présentation d’un spectacle en salle

  • Portée mondiale
  • Possibilité de rejoindre les membres de la famille et les fans de l’artiste.
  • Abordable du point de vue du spectateur.
  • Facile d’accès pour le spectateur.
  • Ne nécessite pas un investissement important pour le spectateur (on peut quitter le spectacle en tout temps).
  • Il est possible de socialiser pour les spectateurs qui assistent à la webdiffusion à partir du même lieu ou avec d’autres spectateurs sur les médias sociaux.
  • Cela peut générer des occasions d’affaire pour les artistes : c’est une forme de promotion et le spectacle peut aussi être vu par un diffuseur ou un agent.

 

  • Échelle locale, expérience communale.
  • Expérience intime.
  • Interaction directe avec l’artiste
  • Le spectateur a une influence sur le déroulement du spectacle.
  • C’est expérientiel.
  • C’est plus captivant pour les spectateurs – ceux-ci s’offrent le luxe de ne se concentrer uniquement sur le spectacle.
  • La socialisation avec les autres spectateurs fait partie intégrante du spectacle en salle.

 


Les participants se sont demandés si l’existence préalable d’un lien affectif entre l’artiste et le public pouvait être un pré-requis d’une webdiffusion réussie.

Aucun des participants – qui étaient pour la plupart des diffuseurs de spectacles – n’a identifié la relation personnelle avec le diffuseur ou avec le personnel d’accueil comme un avantage du spectacle en salle. Ceci constitue néanmoins un aspect important de la diffusion des arts de la scène.

Quels sont les marchés pour la webdiffusion du spectacle?

Les participants ont d’abord reconnu que le lieu de diffusion (en particulier lorsque celui-ci a une valeur symbolique particulière) et la nature de la programmation ont une incidence tant sur le produit que sur les marchés qu’il vise.

Ils ont ensuite identifié les marchés potentiels suivants :

  • Les personnes à mobilité restreinte (en raison de l’âge ou d’un handicap);
  • Les collectivités où il n’y a pas de lieux de diffusion;
  • Les personnes à la recherche d’un sentiment d’intimité que peuvent procurer des gros plans ou des visites des coulisses;
  • Les écoles qui n’ont pas les moyens de déplacer leur élèves dans une salle de spectacle;
  • Les auditoires actuels du diffuseur (acheteurs de billets, abonnés, donateurs, utilisateurs de l’application mobile)


Les participants n’étaient pas certains que la webdiffusion puisse être un bon moyen de rejoindre de nouveaux auditoires. On avait cependant l’impression que la webdiffusion pourrait être un moyen de bonifier le phénomène naturel de bouche-à-oreille. Les participants se sont par ailleurs demander si la webdiffusion ne pourrait pas permettre de rejoindre des publics « curieux » qui aimeraient « essayer » le spectacle sans tous les risques associés à la fréquentation en salle. On pensait notamment aux personnes qui aiment les arts, mais qui n’osent pas assister à un spectacle en salle par manque de familiarité, par crainte de ne pas savoir quand applaudir ou de ne pas être vêtu correctement.

Au cours de la discussion, les participants ont soulevé des idées intéressantes à propos de la possibilité de webdiffuser à l’intention d’un auditoire particulier (par exemple, en faisant une webdiffusion « en circuit fermé » entre un lieu de diffusion à Toronto et un lieu de diffusion à Inuvik aux Territoires du Nord-Ouest) :

  • Si un artiste sait qu’il présente son spectacle à un auditoire éloigné, il s’adressera sans doute à celui-ci de la même manière qu’il s’adresse à un auditoire local entre des chansons. Ce faisant, il récréerait une avec un public éloigné le sentiment d’interaction qu’ont les spectateurs en salle.
  • L’auditoire local devient une partie intégrante de « l’expérience » qui est webdiffusée. De même, la conscience du public éloignée aurait aussi une influence sur l’expérience locale.
  • Un auditoire local et un auditoire éloigné pourraient interagir par le biais des médias sociaux.
  • L’acte de diffusion consiste à présenter un spectacle donné à l’intention d’un auditoire spécifique. En ce sens, une webdiffusion à l’intention d’un auditoire éloigné spécifique s’apparente à l’acte de diffusion.


Au terme de la discussion, plusieurs questions sont demeurées sans réponse, notamment celle du modèle d’affaire qui pourrait assurer la réussite financière et/ou sociétale de la webdiffusion du spectacle. Est-ce que ce sera la vidéo sur demande (les utilisateurs paient pour voir le spectacle)? Un échantillon gratuit pendant une dizaine de minutes? Une connexion avec identifiant et mot de passe qui permette l’accumulation de données sur les usagers? Un modèle d’abonnement comme Netflix? Un modèle de pourboire, comme Concert Window? L’avenir nous le dira. Souhaitons d’ici là que la discussion initiée à la conférence de CAPACOA donnera lieu à des expérimentations fructueuses avec les technologies de webdiffusion.

L’abécédaire de la webdiffusion

La webdiffusion (appelée webcasting ou live streaming en anglais) est la diffusion en continu (ou en flux) de contenus multimédia sur le web. Elle permet à l’internaute de lire le fichier en temps réel pendant la transmission, sans avoir à attendre son téléchargement complet.

À toutes fins pratiques, la webdiffusion est un processus en quatre étapes :

  1. Capture : Les images et le son sont saisis à l’aide d’une simple caméra HD ou d’une combinaison de caméras, de micros et de consoles de mixage.
  2. Codage : Le signal vidéo des périphériques de capture est transmis à un ordinateur où un logiciel compresse et converti le signal vidéo en un signal numérique qui peut être transmis sur internet. Il possible d’acquérir son propre logiciel de codage ou d’utiliser celui fournit par un tiers.
  3. Transmission : Le signal codé est transmis via internet jusqu’à un serveur de diffusion en continu. Cela requiert une connexion branchée (plutôt que wifi) à internet et une bonne vitesse de téléversement. La vitesse en amont minimum est de 2 Mo/s, mais une vitesse de 5 Mo/s est recommandée pour la webdiffusion de contenus en haute résolution.
  4. Diffusion : Le serveur diffuse les contenus codés en paquets de données qui peuvent être téléchargés et visionnés en continu par les usagers sur une page web ou par le biais d’une application. Une vidéo webdiffusée peut aussi être archivée sur le serveur pour visionnement ultérieur.

Si vous êtes un organisme du secteur du spectacle et que vous souhaiter explorer la webdiffusion, contactez un fournisseur de services. Expliquez lui ce que vous aimeriez faire et tentez d’évaluer son intérêt à piloter des expériences avec vous ou  encore à vous aider à développer votre propre capacité en webdiffusion.

Voici une liste de fournisseurs de services en webdiffusion avec lesquels CAPACOA a été en contact pendant les dernières années (en ordre alphabétique) :

  • Base Two Media : Établi à Vancouver.
  • ethere Live : Établi dans la région du Niagara.
  • Eventstream : Établi à Toronto, Vancouver et Ottawa.
  • GC Webcasting : Établi Ottawa et Toronto. Cette enterprise a fait de la webdiffusion pour la Canadian Opera Company et le Musée des beaux-arts du Canada.
  • It’s happening right now : Établi à Montréal. Cette entrerprise offre des services de longue durée dans les lieux de ses clients.
  • Live Toune : Établi à Montréal. Cette entrerprise est axée sur la webdiffusion de spectacles.
  • MaxDigital : Établi à Ottawa.
  • Omnicast TV : Établi à Toronto.
  • Orchard TV : Établi à Brampton, Ontario. Cette entreprise se spécialise dans la webdiffusion de concerts.


Si les technologies ne vous font pas peur, vous pouvez aussi essayer des services en ligne tels que Livestream ou Ustream.

Rédigé par : Frédéric Julien

 

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